Catabatique & sucre glace

Samedi 29 Janvier

Un petit catabatique s’est levé en fin d’après-midi. Rien de bien méchant, les rafales les plus fortes restent sagement aux alentours de 40 nœuds. Les bourrasques suffisent cependant à soulever la poudreuse qui s’est déposée la veille. Depuis la terrasse derrière le Lidar, la vue s’ouvre sur la côte Antarctique. Le vent venu du continent précipite dans l’océan les paillettes de givre, qui s’enflamment sous les lumières du couchant… Des rivières de sucre glace qui cascadent depuis les hauts des séracs jusque dans les eaux sombres de la baie Lejay.

Sur l’horizon surélevé de la calotte polaire, le soleil se pose quelques instants, indécis, comme pour attendre quelqu’un. D’habitude froide et nette, la démarcation entre la terre et le ciel est rendue vaporeuse par les volutes de neige qui tourbillonnent… La température n’est pas particulièrement basse, seulement -2°C, mais le vent rend l’atmosphère glaciale. Lassé et probablement frigorifié, l’astre finit par tirer sa révérence. L’archipel est plongé dans une pénombre bleutée que seuls les cirrus mauves égayent encore.

Un skua passe devant le fin croissant de lune, l’horizon est troublé par le catabatique…

Deux heures plus tard, la lune arrive sur la pointe des pieds. Sa frêle silhouette ne se détache que discrètement sur le dégradé orange qui tient lieu d’horizon ce soir. Je la vois regarder sa montre, l’air coupable.
Deux heures de retard. Ils avaient pourtant rendez-vous.

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