L’Astrolabe : le passeur

Trois « Astrolabe » battant pavillon français se sont relayés au cours de l’histoire pour transporter les scientifiques jusqu’aux glaces antarctiques. La corvette de Dumont D’Urville a été la première lors de la découverte de la Terre Adélie. A partir de 1988, les TAAFs ont commencé à affréter un brise-glace pour assurer les rotations logistiques entre Hobart et la base Dumont D’Urville (DDU) durant les campagnes d’été. Celui-ci a également été baptisé Astrolabe en hommage au vaisseau de l’explorateur français. Ses 30 années de service sont relatées dans un beau livre que Christophe, hivernant de la TA47, m’avait gentiment prêté l’année dernière.

La corvette L’Astrolabe lors de l’expédition de Dumont D’Urville, licence CC
L’Astrolabe en 88, Expéditions polaires françaises, via archives polaires
L’Astrolabe en 2019, Marine Nationale

Depuis 2017, son remplaçant est opéré en partenariat avec la Marine Nationale, qui l’utilise comme patrouilleur militaire de Mars à Octobre dans les eaux des terres australes françaises. Ses missions de défense consistent notamment à lutter contre la pêche illégale dans la zone économique exclusive des îles subantarctiques (Kerguelen, Crozet, etc.). Son port d’attache est situé à la Pointe des Galets, à la Réunion. Pendant 120 jours par an cependant, il est mobilisé pour assurer 5 rotations logistiques entre Hobart et DDU (numérotées R0 à R4; je pars sur la rotation R1).

L’Astrolabe dernier du nom mesure 72 mètres de long et 16 de large. Il peut emporter jusqu’à 60 personnes dont 21 membres d’équipage et 1200t de cargo. Une plate-forme dédiée permet également d’emmener un hélicoptère, outil indispensable pour de nombreuses manipulations logistiques et scientifiques une fois sur base. Quatre moteurs diesels lui permettent d’atteindre une vitesse de croisière de 14 noeuds. Classé ICE BREAKER 5, l’Astrolabe peut affronter de la glace de mer d’environ 70cm d’épaisseur. D’ailleurs, il était le seul brise-glace français jusqu’à l’année dernière et la mise à l’eau du paquebot de croisière « Le commandant Charcot« .
Apparemment, le nouvel Astrolabe serait un peu plus stable que son prédécesseur, ce qui n’est pas pour me déplaire. La combinaison des conditions de navigation extrêmes des cinquantièmes hurlants et de la coque aplatie des brises-glaces ont en effet contribué à l’émergence d’un surnom évocateur pour le bateau ravitailleur : le « Gastrolabe« .

C’est donc à bord de ce fier brise-glace rouge que je vais effectuer la traversée entre Hobart et la Terre Adélie dans une semaine environ. Le voyage dure en moyenne cinq jours, mais peut être rallongé en fonction de l’évolution du pack, cette bande de banquise plus ou moins morcelée qui barre l’accès à la côte antarctique. La position des zones où la glace de mer est la plus concentrée évolue de jour en jour. Pour illustrer cela, jetez donc un coup d’oeil aux images satellites ci-dessous : le 25 la mer était libre alors que trois jours plus tard, quelques glaçons s’étaient donnés rendez-vous pour un flash mob en face de DDU. Cette année cependant, la banquise s’est fracturée plus tôt que d’habitude sous les assauts combinés d’un fort coup de vent et d’un puissant train de houle. Il y a donc de bonnes raisons d’espérer que le voyage ne soit pas trop rallongé.

Images « True Color » issues du satellite Sentinel-2, via l’EO Browser de sentinel-hub

Merci de m’avoir lu, bonne semaine à vous, sous la neige pour les métropolitains et sous les premières vraies averses d’été pour les rényoné !

Sources :

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