Instants Adéliens

Lundi 17/01/21

Une petite dizaine de poussins se presse les uns un contre les autres sous la passerelle qui mène à l’arrière de l’abri de gonflement des ballons. Ils sont devenus assez grands pour survivre au froid et aux attaques de skuas sans bénéficier de la garde rapprochée de leurs géniteurs. Avec leur silhouette grassouillette, les juvéniles se rassemblent maintenant en « crèches ». Sous leurs pattes, le sol est rougi par les déjections de la colonie, riches en krill. Adélie, ornithologue de la TA71, nous faisait remarquer que celles-ci avaient changé de couleur. Cette évolution reflète un changement des ressources de pêche disponibles au large.

Quelques adultes désœuvrés errent dans la manchotière et font office de chaperons. Les parents peuvent ainsi partir en mer pour pêcher, sans que l’un des deux partenaires ne soit obligé de rester au nid. Le rythme de nourrissage s’intensifie encore grâce à cette nouvelle stratégie. Il s’agit de la dernière étape du cycle de reproduction avant que les petits ne se voient signifier leur indépendance par un abandon prévu mi-février.

Pédiluve

Mardi 18/01/21

Quelques plaques de banquise sont restées coincées dans le chenal du Lion. Hier déjà, elles ont complexifié les opérations de départ de l’Astrolabe… Les marins ont probablement pesté en effectuant les délicates manoeuvres. Mais leur présence fait la joie des Adélie, qui retrouvent ainsi leur terrain de jeu favori à deux pas de leur résidence d’été. À la faveur d’une journée ensoleillée et sans trop de vent, je passe deux heures confortablement installé dans un des creux dans les rochers du Cap des Léopards. Un polar m’accompagne, je l’ai dégoté dans la collection du dortoir d’hiver. Quelques photos, quelques chapitres, un peu de calme… Cela fait du bien de profiter de temps en temps de quelques instants à soi, au grand air.

Vendredi 21/01/21

Depuis son aire au sommet de la falaise aux fulmars, le skua surveille les allées et venues des manchots en contre-bas. Sur les conseils de Yann, je me suis posté à une dizaine de mètres et reste patiemment assis sur les rochers derrière les cuves oranges de la centrale. Au bout de quelques minutes, une petite silhouette duveteuse se décide enfin à sortir de l’ombre. Le poussin se perche sur un petit rocher afin de profiter lui-aussi du soleil et de la vue sur le chenal du Lion. Il tente maladroitement d’étendre ses petites ailerons. Son envol n’est pas prévu dans l’immédiat. Il lui faudra attendre encore quelques semaines avant de pouvoir gagner à tire d’aile le sommet de la chaîne alimentaire Adélienne.

Petit skua sous surveillance

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