Un tour chez les Damiers

Lundi 20 Décembre

Il faut bien se rendre à l’évidence, la bande de banquise qui reliait hier encore la piste du Lion et l’île Claude Bernard est désormais impraticable. Depuis la berge, notre petite équipe contemple les plaques de glace qui s’entrechoquent et oscillent régulièrement sous l’effet du ressac. Quatre phoques crabiers font la sieste sur un de ces ilôts. Ils semblent bien peu sensibles à nos mines déconfites. Il est relativement rare d’en apercevoir dans la région. Leurs cousins les phoques de Wedell étant les plus nombreux ici.

La déception ne sera que de courte durée puisqu’un appel à la radio nous apprends que le zodiac de la base est disponible ce matin. Zazou le bosco accepte ainsi de nous emmener sur Bernard, avec Bertrand, Camille et Jimmy à bord de Pamela (c’est le nom du bateau). Confusion du responsable radio quand on lui annonce ce changement de plan… #Crishhh# Mais c’est qui Bernard ? #….#

En route à bord de Pamela !

Une zone de débarquement a été identifiée il y a quelques jours lors d’une opération de reconnaissance. En quelques minutes nous contournons le Lion par le Nord et mettons pied à terre sur le Cap des entailles. Quelques mètres de varappe et nous voilà face aux séracs du glacier de l’Astrolabe. Il y a encore quelques mois, celui-ci s’étendait bien plus avant sur l’océan mais il a finit par se fracturer en novembre dernier, vêlant ainsi de nombreux icebergs. Ceux-ci se sont dispersés dans la baie depuis et agrémentent désormais le paysage. Un des pétrels géants de l’archipel vient nous saluer, ou peut-être tout simplement profiter de la vue lui aussi. Il passe en planant devant la falaise de glace, la photo est belle… Mais la batterie de l’appareil est vide !

Un petit carnet à la main, je crapahute tant bien que mal à la suite de Jimmy qui arpente chaque mètres carrés de la zone protégée. Il explore les nombreuses failles creusées dans le rocher par le gel et l’érosion. Celles-ci sont propices à la présence des nids de pétrel des neiges. Sans passerelles pour faciliter les déplacements comme sur la base, il s’agit de rester concentrés pour se déplacer sur le granit gris strié de rose. L’ornithologue manipule délicatement les bagues des oiseaux avec une petite gaffe, en les faisant tourner autour de leur patte gauche afin de déterminer le numéro qui y est gravé. Mon travail du jour consiste à noter ces informations sur un petit carnet. Cette répartition des tâches permet aux ornithos de travailler plus efficacement et aux manipeurs de profiter de l’occasion pour entrer dans les zones protégées, autrement inaccessibles. Les minutes passent, les éclaircies attendues dans le bulletin du jour sont finalement au rendez-vous et les colonnes du petit carnet se remplissent : PDN | NB | R/O (Pétrel des neiges, non bagué, reproducteur sur un oeuf)…

Le chant du damier du cap
Damier du Cap

Dans la falaise que la carte désigne comme « Les roucoulades« , les couples de damiers du cap couvent un unique oeuf blanc sur un lit de gravier. Ils restent campés sur place malgré notre approche, l’instinct de protection leur défendant la fuite. Mais ils ne sont pas sans défense pour autant. Comme leurs voisins les pétrels, ils projettent un vomi orange quand ils se sentent trop menacés. Nico, ornithologue canadien, nous a expliqué la veille que ce liquide malodorant et visqueux avait la capacité de rompre l’imperméabilité du plumage des prédateurs. Dans un environnement où la protection contre les éléments est primordiale pour assurer sa survie, les skuas y réfléchissent à deux fois avant de trop s’approcher. Je commence pour ma part à comprendre l’origine du fumet caractéristique du hall d’entrée de BioMar, le laboratoire des ornithos de DDU.

Comptage face au glacier
La bande de banquise morcelée et les 4 phoques

Assis sur un épaulement rocheux en contrebas du dôme des skuas, une tasse de soupe à la main, nous scrutons la langue terminale du glacier de l’Astrolabe pour ne rien rater de la chute régulière des morceaux de glace dans l’océan. Le vent est quasi-nul et la surface étale de la mer nous laisse voir les bancs de manchots Adélie qui glissent sous la surface.

One Response

  • Rédaction précise et plaisante, illustrations pertinentes et magnifiques… tout ça agrémentées par un extrait audio, que demander de plus ? Merci Adrien pour ce partage, profite bien de ces premières semaines.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.