Moustaches de Weddell et masques noirs

Vendredi 02 Septembre 2022

Le passage de milliers de pattes a bien tassé la neige dans le chenal du Lion. Tantôt glissant sur le ventre, tantôt marchant sans hâte, les Empereurs continuent leur laborieux allers-retours vers le large. Depuis le rapprochement de la polynie, la piste du Lion tient lieu d’ilot central à cette grande autoroute du soleil. Côté Ouest, les manchots partent vers la mer libre en longues files indiennes. Côté Est, ils en reviennent le jabot rempli de krill et de calmars. Ainsi, ces observations suggèrent une information essentielle : les manchots roulent à gauche !

Lundi 05 Septembre 2022
Panorama de la colonie, un jour de beau temps

La belle lumière de ce début d’après-midi avive les couleurs orangées des Empereurs. Malgré le vent modéré, la colonie du Nunatak est en pleine activité. Les piaillements des poussins sont recouverts par les appels des adultes qui rentrent de la pêche. Les jeunes sont déjà nombreux à errer au milieu de la foule, à la recherche de leurs parents. Ces derniers les ont jugés assez grands pour résister au froid sans assistance. Ils sont donc partis tous les deux en mer, afin de doubler le rythme de nourrissage. Cela va permettre aux poussins d’alimenter une croissance ultra-rapide, nécessaire s’ils veulent partir en mer en Novembre prochain.

Pour l’heure, un peu perdus, les petits poussins se baladent de proche en proche, quémandant parfois une petite place au chaud. Ils sont souvent reçus sans ménagement et repoussés à coups de bec… Le vent finit par forcir et les poussins se regroupent alors entre eux, formant de petites crèches. C’est pendant ces quelques semaines où ils ne bénéficient plus de la surveillance parentale et qu’ils ne sont pas encore assez grands pour se défendre, qu’ils sont les plus exposés aux attaques des Pétrels Géants.

Un des prédateurs se balade au milieu de la colonie, guettant un moment d’inattention. Autour de lui, les poussins se dispersent et partent se cacher en courant un peu plus loin, déjà bien conscients du danger. Bien que moins virulents que les Adélie, quelques Empereurs adultes s’interposent tout de même et tentent de chasser l’intrus. Avec sa démarche pataude, le PGA fait mine de se détourner… Avant de faire demi-tour et de revenir se glisser dans le dos d’un petit Empereur…

Attention derrière !
Mardi 6 Septembre 2022

Profitant du soleil de septembre, cela fait maintenant une quinzaine de jours que les phoques sont de plus en plus nombreux à revenir près de la côte. Ils lézardent des heures durant, allongés sur la banquise près des failles qui leur ont permis de se hisser sur la glace. Une bonne paire de jumelles permet facilement de repérer leurs silhouettes sombres depuis la base. Certains mâles ont déjà pris possession de leur rivière pour la saison. Ils y reviennent régulièrement, pour s’assurer qu’un rival n’a pas décidé d’annexer leur territoire.

Sieste sur la banquise

Jimmy se faufile discrètement derrière le phoque et approche le détecteur de la caudale de l’animal. L’appareil bippe en affichant l’identifiant du mammifère. Ce phoque de Weddell a été transpondé ici, il y a déjà quelques années. Il s’agit d’un grand mâle d’une quinzaine d’années. Son pelage est taché de sang, quelques plaies sont ouvertes sur le ventre, le cou, les nageoires. Celles-ci témoignent de la férocité des batailles qui se jouent sous la banquise. Il ne fait guère de doute que cet individu a établi sa suprématie sur cette zone, stratégiquement placée près de l’ile Florence. Le phoque relève la tête une seconde, vaguement intrigué, avant de se replonger dans sa sieste.

Un autre mâle au pied du tabulaire brisé

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