Fin de saison à D10

Mardi 15 février

 » – Ouais, j’essaie de marcher un peu tous les jours, tu vois… Ne serait-ce que du dortoir d’été au séjour, sinon on a vite fait de prendre le Kub’ tout le temps… »

La surface crevassée du continent défile à travers le pare-brise panoramique de la machine volante, qui longe la côte de la baie Lejay. La vue sur la calotte glaciaire est imprenable depuis les airs. Le sourire aux lèvres, j’écoute Michel deviser nonchalamment dans l’énorme casque posé sur mes oreilles… On finit bel et bien par s’habituer à tout !

Arrivée à Prudhomme

Dans un mouvement de roulis fluide, l’hélicoptère s’incline sur la droite et se place à l’aplomb des gendarmes de glace suspendus au dessus de l’océan. L’appareil s’aligne puis se pose en souplesse sur la DZ de la base franco-italienne de Cap Prudhomme. Nous descendons rapidement et aidons à décharger les bidons d’eau potable amenés depuis l’île des Pétrels.

Sur le parvis de la base, un des énormes tracteurs du raid bénéficie d’une dernière révision avant l’hiver. Travaillant dehors sur la terrasse de bois gorgée d’huile de moteur, Loïc et un des mécaniciens de Prudhomme terminent la vidange du mastodonte. Un parfum entêtant d’essence aux accents métalliques flotte dans les airs, malgré la brise qui descend du glacier. Prudhomme, c’est le garage de l’Antarctique. La base en elle-même est constituée d’un savant assemblage de containers plus ou moins hétéroclites, parfois empilés sur un étage. Un peu plus haut, les véhicules et les traineaux de carburant sont alignés comme à la parade le long de la piste qui part à la conquête du continent blanc.

Établie au début des années 90, la base annexe de Cap Prudhomme a pour vocation première d’être le point de départ du Raid. Tous les étés, la caravane logistique relie la côte Adélienne à la station continentale de Concordia, perchée sur le dôme C à plus de 3200m d’altitude. Prudhomme n’est ainsi occupée que pendant la campagne d’été et voit revenir chaque année une équipe d’habitués. Malgré un aménagement intérieur relativement confortable, les conditions de vie y sont plus rustiques qu’à DDU.

Ces spécificités favorisent une franche camaraderie, presque une ambiance familiale, entre ceux qui vivent sur la base de Novembre à fin Février. L’ameublement du « garage-vie », qui sert à la fois d’atelier, de magasin de pièces et de séjour, résume bien l’atmosphère prudhommienne. Poussé dans un coin, un antique baby-foot recouvert d’un contre-plaqué fait office de table. Les murs sont chargés d’étagères, de tiroirs, de pièces de rechange. Les skis cassés de Mike Horn sont accrochés au mur, à côté de l’inévitable drapeau Caterpillar. Après 57 jours de snowkite, l’aventurier était venu clore son odyssée ici le 7 février 2017.

Quelques kilomètres au-dessus du cap Prudhomme, une piste d’atterrissage est mise en place pendant l’été sur une zone relativement plane du continent, au lieu-dit D10. Un avion Basler assure ainsi des rotations régulières entre Concordia, DDU et la base italienne de Mario Zuchelli. Il permet un transport de personnes et de fret plus rapide que le Raid. La majeure partie du ravitaillement de Concordia reste cependant acheminée par voie terrestre, en deux à trois allers-retours. Notre mission du jour consiste à démonter le matériel météo avant l’hiver.

En une heure et demie, le mât de 10 mètres qui permet les mesures de vent est abaissé et désassemblé. Il passera l’hiver sur le continent, rangé dans un petit shelter orange. L’installation démontée, notre mission du jour est accomplie et nous repartons vers la côte en « Piston Bully », une petite dameuse à chenilles. En arrivant dans la pente finale qui surplombe la base, Nico redouble de vigilance aux commandes de l’engin. A cet endroit, la déclivité devient plus forte, d’autant que de la glace vive se cache quelques centimètres sous la neige. Pour faciliter la descente des véhicules les plus lourds, les conducteurs de Prudhomme veillent à entretenir un monticule de neige à droite de ce dernier kilomètre de piste. Ainsi, la neige soufflée par le catabatique se dépose naturellement sous le vent de cette congère artificielle, directement sur la piste et fournit ainsi une meilleure adhérence. Ce genre de petit détails laisse transparaître les années d’expérience acquises à force d’allées et venues sur la glace bleue de l’Antarctique.

2 Responses

  • Bonjour à toutes et à tous, pour cette sortie, je n’avais pas emmené le gros Reflex… La qualité des photos s’en ressent un petit peu 🙂 . Bonne lecture !

  • Bonjour, c’est déjà tellement sympa de nous faire partager tous ces moments… merci merci !!
    Petit clin d’œil au conducteur de  » Piston Bully »…
    à bientôt.

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